
Ouverture de ce prévisionnement avec deux films distribués par Les Acacias : White Night Wedding, une comédie islandaise signée Baltasar Kormakur (101 Rekjavik, Jar City...) et Les Murmures du vent de l'Irakien Shahram Alidi, film remarqué à Cannes par deux jurys jeunes et soutenu par l'ACID.
Vous pourrez ensuite découvrir Âmes en stock, premier film de Sophie Barthes, cinéaste d'origine française qui signe ici une comédie à la sauce Charlie Kaufman avec l'immense Paul Giamatti dans son propre rôle.
Le Roumain Corneliu Porumboiu avait obtenu la Caméra d'or à Cannes en 2006 avec son premier long métrage, 12h08 à l'est de Bucarest. Présenté en compétition à Cannes, Police, Adjectif, qui lui a valu le Prix du Jury Un Certain Regard, confirme qu'il est l'un des plus brillants réalisateurs de la jeune vague roumaine qui nous séduit depuis quelques années.
Deux films présentés en avant-premières nationales clôtureront cette journée. Un premier long métrage de fiction (Huit fois debout de Xabi Molia) et un documentaire d'une réalisatrice confirmée (Solutions locales pour désordre global de Coline Serreau) qui questionnent chacun à leurs manière les dysfonctionnements de nos sociétés contemporaines.
La journée du vendredi s'ouvrira avec l'étonnant dernier film de Nicolas Philibert, Nénette, manière pour nous de poursuivre les échanges sur le cinéma documentaire suite aux passionnantes rencontres qui ont eu lieu au Club en octobre dernier avec Patrick Leboutte et Denis Gheerbrant, un cinéaste et un critique qui partagent avec Philibert une même idée du « geste documentaire ».
Nous aurons ensuite le plaisir de découvrir le nouveau film de Jacques Doillon, Le Mariage à trois et de nous réjouir de ne pas avoir du cette fois attendre cinq ans avant que cet immense cinéaste ne trouve les financements pour poursuivre son œuvre.
Les Secrets, de la Tunisienne Raja Amari (Satin rouge) est une œuvre envoûtante et mystérieuse, portée par la photographie splendide de Renato Berta et la prestation de la toujours extraordinaire Hafsia Herzi (La Graine et le mulet, Le Roi de l'évasion...).
Enfin, pour terminer ces deux journées, Mammuth où la rencontre tant attendue entre Gérard Depardieu et Isabelle Adjani... tant attendue car elle se déroule sous la caméra de Benoît Delépine et Gustav Kervern qui, en trois films (Aaltra, Avida et Louise-Michel), ont imposé leur univers si singulier et ont prouvé leur véritable talent de cinéastes.
A 18h30, tous les adhérents de Cinéphare et les partenaires sont conviés à l'Assemblée Générale de l'association qui se tiendra à la Maison Charles Tillon.

Zampano (Anthony Quinn) est un athlète de foire. Une mère, incapable d'élever sa fille, vend cette dernière au colosse. Gelsomina (Giulietta Masina) accompagne dès lors Zampano sur les routes, le secondant dans ses numéros de briseur de chaînes et lui servant de bonne à tout faire. Au cours de leur périple, elle rencontre « le fou » (Richard Basehart), un funambule qui s'attache à elle. Zampano découvre alors qu'autre chose le lie à Gelsomina, peut-être l'amour...
Zampano le colosse et la frêle Gelsomina resteront comme l'un des plus beaux couples de l'histoire du cinéma. Un couple décalé, étrange, que ce soit physiquement ou par les rapports qu'ils entretiennent. Un homme et une femme « représentatifs de rien sinon d'eux-mêmes » écrivait Jacques Lourcelles.
Il est même étonnant de constater avec le recul à quel point Giulietta Masina ne ressemble à aucune autre des femmes qui peupleront l'univers de Federico Fellini. Masina est la muse de Fellini, celle qui de son aveu lui a « ouvert une grille, fait passer le seuil, pénétrer dans un paysage, un territoire que je n'ai jamais réussi à décrire complètement». Il écrit La Stradapour elle, quittant à cette occasion la vague néo-réaliste à laquelle il participa en tant que scénariste. Le cinéaste subit les foudres de la critique italienne de gauche au prétexte qu'il trahit avec ce film l'idéal néo-réaliste, ce qui n'empêche pas au public du monde entier de réserver un accueil triomphal au film qui obtient l'Oscar du Meilleur Film étranger.

Une enquête documentaire sur le monde agricole français aujourd'hui, à travers de nombreux récits : agriculteurs, chercheurs, fonctionnaires, écrivains... Un monde qui parvient à résister aux bouleversements qui le frappent - économiques, scientifiques, sociaux - et qui, bon gré mal gré, continue d'entretenir les liens entre générations. Un monde au centre d'interrogations majeures sur l'avenir.
« Le temps des grâces est un constat dramatique, qui laisse néanmoins entrevoir de l’espoir. Ce documentaire interpelle les politiques mais surtout le citoyen, lorsque le pouvoir doit venir du bas, face aux lobbies de l’agro-alimentaire et à un État qui s’est laissé déposséder. C’est un hommage à la nature, aux campagnes françaises mais aussi un véritable appel à la prise de conscience. »
Bakchich info

Le célèbre sculpteur Calder nous présente avec humour et dextérité les personnages traditionnels du cirque, qu'il a fabriqués avec ingéniosité. Travaillant avec des bouts de ficelle, il réussit un tour de force : les multiples petites figures articulées - à base de bois, de fil de fer et autres ressorts -, s'animent comme par enchantement au bout de ses gros doigts...
“C’est d’une drôlerie à faire rire et d’une inventivité à réjouir le public des grands et des petits”.
PREMIÈRE
“Une féerie minimaliste où l’on retrouve l’enfance de l’art”.
LE MONDE
“Oiseleur du fer, horloger du vent, dresseur de fauves noirs, ingénieur hilare,
architecte inquiétant, sculpteur du temps, tel est Calder”.
JACQUES PRÉVERT

Italie, 1938. Ayant entrepris depuis peu de se convertir à l'antisémitisme, le régime fasciste multiplie les mesures vexatoires contre les Juifs italiens. Mais la famille Finzi-Contini, pilier de l'aristocratie de Ferrare depuis des générations, ne croit pas à l'imminence de la menace. Les deux enfants adultes, Micól et Alberto, aiment bien donner des parties et jouer au tennis dans l'immense parc qui entoure le palazzo familial. Comme les clubs sportifs viennent d'être interdits aux Juifs, des jeunes gens de milieux plus modestes sont désormais invités à jouer dans le jardin des Finzi-Contini. C'est ainsi que Giorgio a l'occasion de rencontrer la lointaine Micól et tombe peu à peu amoureux d'elle, qui lui en préfère un autre, cependant qu'hors des murs, le pire se prépare...

« Je n'aime pas la mécanisation. J'ai défendu le petit quartier contre les autoroutes, les aérodromes, l'organisation, une forme de la vie moderne, car je ne crois pas que les lignes géométriques rendent les gens aimables » explique Tati. Le cinéaste prend donc un malin plaisir à gripper les rouages de la modernité, à retourner cette dernière contre ses apôtres. Les Arpel équipent leur garage d'une ouverture automatique ? Tati transforme cette ingénierie en prison lorsqu'un chien passe devant le faisceau qui en commande l'ouverture et la fermeture.
Avec ce film, Tati peaufine encore son art délicat : le moindre objet devient une source inépuisable de comique et de poésie et sa science du détail fait constamment mouche. La grande leçon burlesque de Tati est que ce n'est pas le héros qui est drôle, mais le monde. Monsieur Hulot ne sert qu'à mettre en avant le burlesque inhérent à la société. Ses films sont ainsi avant tout construits sur l'observation, et Tati a pendant deux ans travaillé avec son scénariste Jean Lhote simplement en arpentant Paris et en observant le quotidien, comme le comportement des chiens par exemple qui fournira la matière à la scène d'anthologie du début.
Tati a besoin de temps et le tournage de Mon Oncle dure neuf mois, tout comme le montage. Cinéaste minutieux, exigeant et perfectionniste, il lui faut ce temps pour installer cette mise en scène d'une inégalable précision. Au tournage, car ses plans d'ensemble sont d'une richesse sidérante, chaque spectateur étant invité à plonger dans l'image pour construire l'histoire, pour découvrir les gags. A la post-production car Tati est un génie de la bande sonore et du bruitage. Il est certainement le seul artiste à pouvoir caractériser un personnage juste par le bruit de ses pas (comme Mme Arpel dont la simple démarche dit tout de son arrogance et de sa servilité, un bruitage fabriqué en studio avec deux balles de ping pong). Tati travaille l'espace sonore comme personne, donnant à la bande-son une véritable profondeur de champ qui vient compléter celle de l'image, tous son art se construisant par l'interaction de ces deux univers.

Luc Moullet a commencé à écrire pour Les Cahiers du cinéma en 1956 à l'âge de dix-neuf ans. Il passe rapidement à la réalisation en 1960 avec le premier d'une longue série de courts métrages (l'économie du court métrage lui convient bien et il fait partie de ces rares réalisateurs qui ne délaissent pas ce format une fois que leur carte de visite est faite), Un steack trop cuit, puis signe en 1966 son premier long, Brigitte et Brigitte. Un cinéma inclassable, qui doit autant à Alfred Jarry qu'à Bunuel, où l'humour et l’absurde sont roi, où les faux-semblants sont érigés en règles physiques. Moullet plante son regard décalé sur le monde et le temps d'un film, court ou long, nous propose de le partager avec l'ambition pas si démesurée que ça de regarder différemment un quotidien qui nous est devenu banal et qui pourtant est bel et bien un amoncellement de folie et d'absurdités.
Son dernier film, La Terre de la folie, est un documentaire mi-farfelu, mi-inquiétant sur une région des Alpes du Sud qui serait un "pentagone de la folie" :
"Nous voici partis pour des récits
affreux racontés comme s’il s’agissait du plus normal au monde. (...) Un crime horrible succède à un autre, les
sectes ont envahi le terrain, le vent rend fou, Tchernobyl est passé par là, l’affaire Dominici et d’autres
également, rien n’empêche Luc Moullet d’être sérieux comme un pape, tel Sacha Guitry décrivant les
empoisonnements au début du Roman d’un tricheur. C’est tellement énorme qu’on sent gros comme une maison
le canular, la farce déguisée en pseudo-documentaire. Renseignements pris, il semblerait bien que rien ne soit
inventé ou pré-écrit. Luc Moullet conserve ici son personnage de lunaire pince-sans-rire, sorte de Buster
Keaton qui serait égaré dans les premiers films de Tati. Ou quand l’humour noir confine au surréalisme via
l’absurde."
Jean Roy, L'Humanité
Cinéphare