
L’Encerclement,
la démocratie dans les rets du néolibéralisme,
du jeune Québécois Richard
Brouillette, est un documentaire
singulier, par son sujet – l’économie
et la politique libérales –, sa forme –
des images en noir et blanc –, et
sa durée – 2 h 40. Pourtant, ce film,
qui devrait sortir en France en 2009,
reste passionnant de bout en bout.
Une douzaine d’experts américains ou
français, de NoamChomsky à Susan
George, se succèdent en longs plans
fixes pour retracer l’histoire de la
pensée néolibérale. Depuis la création
de think tanks (cercles de réflexion)
financés par des multinationales, ses
partisans ont propagé leur idéologie et
l’ont imposéecomme une évidence
indiscutable. Richard Brouillette se
pose en critique, mais oeuvre avec
pédagogie : il fait parler ses interlocuteurs
en langage simple et précis,
et insère de courts textes pour expliquer
telle ou telle notion économique.
L’image reste toujours chaleureuse,
avec de gros plans sur les visages des
experts, qui humanisent le propos.
Si l’ère Bush a été marquée par
un renfermement des Etats-Unis,
les réalisateurs de ce pays ont réagi
en s’ouvrant au monde, qu’il s’agisse
d’observer les rappeurs palestiniens
(Slingshot Hip Hop, de Jackie Reem
Salloum), la politique pétrolière (Fuel,
de Josh Tickell) ou de poser longuement
leur caméra dans un pays étranger.
Ainsi, la New-Yorkaise Julie Bridghamsigne
un excellent documentaire
sur la crise népalaise, The Sari Soldiers,
depuis le massacre de la famille royale
en 2001 jusqu’à l’avènement de la
démocratie en avril 2008. L’histoire est
racontée à travers le parcours de six
femmes, et la cinéaste sait écouter ces
voix trop rarement entendues
- Le Monde

Née en 1969 dans les forêts de Bornéo, Nénette vient d'avoir 40 ans. Il est très rare qu'un orang-outan atteigne cet âge-là ! Pensionnaire à la ménagerie du Jardin des Plantes - à Paris - depuis 1972, elle y a aujourd'hui plus d'ancienneté que n'importe quel membre du personnel. Vedette incontestée des lieux, elle voit, chaque jour, des centaines de visiteurs défiler devant sa cage. Naturellement, chacun y va de son petit commentaire...
On doit à Nicolas Philibert d’avoir réconcilié le grand public français avec le cinéma documentaire, sans rien lâcher de son art et sans la moindre concession. Film après film, il met en lumière la quotidien et ce qui en constituent les joies, les peines, la grandeur et les petits riens. Bien réels et souvent drôles, parfois poignants, on ne peut oublier ses personnages qui nous ressemblent bien souvent. Plus on entre dans ses films et plus devient perceptible ce qui unit le cinéaste à ses protagonistes. Quelque chose comme la recherche d’une humanité commune, un désir secret de se reconnaître du même monde malgré les différences.
Nicolas Philibert est un des grands documentaristes de la condition humaine et pour tous les amoureux des cinémas du réel, un repère incontournable depuis vingt ans
- Patrick Leboutte

Mam Baldar, l’oncle aux ailes, exerce depuis bien longtemps le métier de postier dans différents villages de montagne au Kurdistan Irakien. Mais il n’est pas un postier comme les autres puisqu’il transmet des sons et des paroles enregistrés sur des cassettes. Un jour, un commandant des partisans,
loin de chez lui, demande d’enregistrer les premiers pleurs de son enfant qui va naître prochainement. En se rendant dans ce village, le postier découvre que tous les enfants ainsi que la femme du commandant ont été conduits dans une vallée éloignée afin d’assurer leur sécurité, et il se met donc en route pour les rejoindre là où ils sont...
Le film est hanté par les fantômes de la guerre, du génocide kurde, mais la perte ou l'absence se transforment en une présence intérieure aux travers de plans composés comme des tableaux avec une vitalité et une inventivité débordantes. Effets miroirs, utilisation intelligente de la profondeur de champ, personnages filmés à travers une fenêtre, un pare-brise recouvert de boue, cadres dans le cadre, ombres projetées sur un drap, ces images nous placent dans le seuil, dans un mouvement de passage. Glissant sur une terre rocailleuse, le murmure du vent souffle et s'éloigne. Mais toutes ces voix laissent derrières elles un écho vibrant.
- Laurent Salgues, réalisateur, ACID
A Commander : Document 4 pages édité par l'ACID-CCAS

Quelque part en Afrique, dans une région en proie à la guerre civile, Maria refuse d’abandonner sa plantation de café avant la fin de la récolte, malgré la menace qui pèse sur elle et les siens.
La mise en scène, construite entièrement en flash-back autour d'un voyage en bus, retour à la propriété d'une Isabelle Huppert épuisée, distille une ambiance venimeuse, efficacement relayée par un musique lancinante faite principalement de guitare électrique. Le spectateur s'enfonce peu à peu dans ce monde foisonnant et pourtant vide, dont la chaleur accablante et l'ambiance menaçante sont formidablement rendues. L'homme blanc, même simple maillon d'une chaîne du commerce, aussi proche des locaux soit-il, a-t-il sa place dans ces pays sans avenir évident ?
Tout ce qui est du toc est ainsi désigné comme du "white material", de la matière blanche, comme ont pu l'être les promesses de leader blancs remplacés par des leaders noirs corrompus et incapables de donner une vraie indépendance à leur pays. Le film trouble, par sa construction éclatée, ses temporalités brouillées, et la formidable tension née d'un drame qui couve, et dont l'on peut apercevoir quelques dégâts dès le début du récit. Claire Denis donne à sentir le vent en train de tourner, et filme avec un regard acerbe, la peur, la fuite et la perte de racines. A découvrir absolument.
- Olivier Bachelard, Abus de Ciné
A Commander : Document 4 pages édité par l'AFCAE
Terence McDonagh est inspecteur dans la police criminelle de la Nouvelle-Orléans. En sauvant un détenu de la noyade pendant l'ouragan Katrina, il s'est blessé au dos. Désormais, pour ne pas trop souffrir, il prend des médicaments puissants, souvent, trop souvent... Déterminé à faire son travail du mieux qu'il peut, il doit faire face à une criminalité qui envahit toutes les vies, même la sienne.
Pour Herzog, sa version de Bad Lieutenant ne doit pas être considérée comme un remake du classique d'Abel Ferrara. A raison puisque le résultat est plutot différent. Il suffit de voir, dès la première scène, un serpent ondulant dans les flots d'une prison inondée par le cyclone pour comprendre qu'il ne s'agit pas d'un décalque mais une variation décalée. Ce qui reste de l'original est traité de manière parodique. La force dévastatrice de la nature (l'ouragan Katrina, en filigrane) y remplace la rédemption religieuse(...)
Le résultat donne lieu à une espèce d'odyssée intérieure où des âmes démoniaques dansent sur du blues, où des gunfights sont accompagnées de musique cajun et du point de vue subjectif d'un iguane en DV. Comme si on était en lévitation. Plus tard, au détour d'une scène, on retrouve Michael Shannon qui annonce son personnage dans My son, my son, what have ye done ?, le film que Herzog a tourné juste après. D'ailleurs, Bad Lieutenant et My son, my son, what have ye done ? racontent la même dérive baroque et hallucinée, brouillant la frontière entre réalité et fiction. A chaque fois, c'est une première pour Herzog (le polar pour Bad Lieutenant, l'horreur pour My son, my son, what have ye done ?) et une opportunité pour lui de court-circuiter les codes Hollywoodiens en imposant un ton, une atmosphère, une revanche.
- Excessif.com

Pendant des années, One-Eye, un guerrier muet et sauvage, a été le prisonnier de Barde,
un redoutable chef de clan. Grâce à l’aide d’un enfant, Are, il parvient à tuer son geôlier
et ensemble ils s’échappent, s’embarquant pour un voyage au coeur des ténèbres.
Les images sont d’une beauté qui nous assomme en même temps qu’elle nous hypnotise, tout comme la bande originale qui semble venir des profondeurs infernales. Également on ne peut passer outre la performance hallucinante d’un Mads Mikkelsen mutique qui porte le film par son charisme animal et qui prouve après Coco Chanel & Igor Stravinsky qu’il est capable de tout jouer à la perfection. Rarement au cinéma on éprouve cette sensation d’abandon complet devant un film, Valhalla Rising nous emmène dans des lieux impraticables pour peu qu’on fasse l’effort de s’abandonner complètement, au risque de s’y perdre. Mais les chemins de réflexions qui s’ouvrent ensuite sont tellement puissants que ce serait dommage de passer à côté d’une telle expérience. On tient sans doute déjà un des plus grands films de cette année.
- Filmosphère

Fils unique d’un riche collectionneur d’art, Machisu révèle un talent précoce pour la peinture. Encouragé par ses proches, il peint en toutes circonstances. Mais le malheur met un terme à la vie privilégiée de l’enfant. Quelques années plus tard, le jeune homme pauvre et solitaire parvient à intégrer une école d’art. Il essuie les critiques sévères d’un marchand d’art mais le soutien indéfectible de Sachiko, une jeune employée qu’il épouse, l’encourage à persister dans sa voie.
La réflexion sur la création se fait sur le mode tragi-comique qui servait si bien A scene at sea ou Sonatine. Mais c'est du côté de la profondeur de Dolls qu'il faudrait chercher la meilleure comparaison dans la filmographie du japonais. Là où Dolls évoquait l'amour avec mélancolie et cruauté, Achille et la tortue propose quelques unes des perspectives les plus justes sur les sacrifices propres à l'art (...)Constat terrible qui semble nous affirmer que l'art n'est qu'illusion et que son essence demeure inaccessible. Cependant, l'existence même d'Achille et la tortue, sa beauté déchirante, sa tendresse paradoxale, répondent à toutes les interrogations du maître japonais : l'artiste génial existe, il se nomme Kitano, et son regard sur le monde nous est toujours aussi vital.
- Ecran large.com

Itso a pris ses distances avec ses parents jusqu’au jour où il secourt une famille turque, agressée par un groupe de néo-nazis. Parmi eux, se trouve son jeune frère Georgi, qui participe depuis peu à des ratonnades. En se rapprochant de Georgi et de la jolie Turque qu’il a sauvée, le tourmenté Itso entreprend un cheminement intérieur qui pourrait l’entraîner vers la voie du salut.
Eastern Plays, c'est ça le grand petit film humaniste et lunaire qu'on a immédiatement besoin de glisser dans sa poche pour l'emmener partout avec soi, s'en servir comme leçon de vie et le montrer à ses amis
- Technikart

Une petite fille effrayée par une villa trop silencieuse; Une adolescente attirée par de mystérieuses présences rôdant dans son village; Une femme qui revient défier ses fantômes sur les lieux de son enfance... Les trois âges clés de la vie tourmentée d'Ana. Entre désirs, réalité et fantasmes.
Les réalisateurs belges Bruno Forzani et Hélène Cattet ne se sont pas contentés d'un simple hommage vintage et témoignent pour leur premier long d'une vraie ambition. En une heure trente, ils racontent la dérive mentale d'une schizophrène paranoïaque rétive au contact humain, au rapport sexuel, au regard des autres. On la voit enfant, ado, adulte et elle est incarnée par trois actrices différentes, quelque part entre la poupée brisée, la bombe sexuelle et le monstre sanguinaire. Rien que dans leurs expressions et surtout la manière dont elles sont filmées, il y a quelque chose d'instinctivement dérangeant. La substance, il faut la chercher dans la forme (le son, le montage, le cadre, la photo, le Scope), obéissant au principe de la réalité déformée. A l'écran, tout ce que l'héroïne ressent, perçoit, entend, est amplifié à l'infini pour que le spectateur tutoie son abîme.
-Excessif.com

Frédérick fait pousser des arbres et, depuis près de soixante ans, cultive un secret. Autour de lui, seuls sa femme et son fils aîné savent la vérité sur son histoire. La mort de ce fils, avec qui il entretenait des rapports conflictuels, le conduit à révéler enfin à ses proches ce qu'il n'avait jamais pu dire.
L’idée de ce film remonte à loin. Jacques l’avait évoquée avant que
nous tournions Jeanne et le garçon formidable. Le projet a énormément évolué au cours des
dix années écoulées. Il n’a trouvé sa forme actuelle qu’après 2001. En effet, cette année-là,
un événement capital a eu lieu : la reconnaissance officielle par l’État français de la
déportation homosexuelle. À partir de cette date, la nécessité de mettre au jour son
existence ne s’imposait plus. Sans totalement évacuer l’importance de continuer à dire et
faire savoir que des hommes ont pu être déportés uniquement en raison de leur orientation
sexuelle, nous avons pensé que nous pouvions axer notre récit avant tout sur la question du
silence, du secret et de ses conséquences. Nous ne voulions pas faire de Frédérick le héros
d’une cause, ni le porte-étendard d’une revendication, si légitime soit-elle. Nous ne voulions
pas non plus expliquer ce silence, mais montrer les ravages qu’il a pu causer, sur les
générations suivantes.
- Olivier Ducastel
A Commander : Document 4 pages édité par l'AFCAE
Cinéphare